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(Quotidien de France, 25 juin 2006, page 16)

 

Un Bisontin

entre bisons et indiens

Edward MatheyVoilà 130 ans jour pour jour, les troupes indiennes de Sitting Bull infligeaient à Little Big Horn, une cuisante défaite au général Custer et à ses hommes. Parmi eux, Edward Mathey, né à Besançon. Western.

BESANÇON. Aujourd'hui propulsée au rang de mythe par le western et la littérature, la bataille de Little Big Horn continue de fasciner des générations de chercheurs. Ainsi de David Cornut, jeune Suisse de 22 ans, étudiant en histoire à l'Université de Fribourg, qui s'apprête à publier Little Big Horn, autopsie d'une bataille légendaire (éditions Anovi). Une enquête haletante et de longue haleine qui s'attache à donner la parole aux témoins oculaires de ce dimanche 25 juin 1876, où le général Custer et 263 hommes du 7e de cavalerie furent tués par une coalition d'Indiens d'Amérique menés par Sitting Bull. Parmi ces témoins, un Bisontin au parcours étonnant. Interview.

- Au cours de vos recherches, vous avez retrouvé la trace du lieutenant Mathey, originaire de Besançon. Comment l'avez-vous découvert ?

- Little Big Horn est l'un des mystères les plus insondables de l'histoire des Etats-Unis, à l'image de l'affaire Kennedy. Pour pouvoir reconstituer les faits et enquêter, j'ai dû éplucher les témoignages de chaque participant. En tant que francophone, je voulais savoir si des compatriotes suisses, français ou québécois avaient combattu ce jour-là. C'est ainsi que j'ai découvert Edward Mathey, une célébrité dans le monde des chercheurs car il a beaucoup témoigné sur cette journée du 25 juin.

- Que sait-on de lui ? De son parcours de Besançon aux Etats-Unis ?

- Le lieutenant Mathey est né en 1837 à Besançon même. Il a une vie hors du commun. Ses parents veulent en faire un séminariste, mais cela ne lui convient pas. A cette époque, on ne conteste pas les décisions parentales et le jeune Edward Mathey finit par fuir aux Etats-Unis à l'âge de 9 ans pour échapper à ce destin imposé. On ne sait ni comment ni avec qui, toujours est-il que l'on retrouve sa trace en 1846 dans l'Indiana. Lorsque la Guerre de Sécession éclate, quinze ans plus tard, Edward Mathey s'engage dans un régiment de volontaires de l'Indiana. Il participera notamment à la célèbre campagne d'Atlanta dans l'armée du général Sherman. Au sortir de la guerre, il intègre l'armée régulière en tant que second lieutenant. C'est alors que sa légendaire unité, le 7e régiment de cavalerie du général Custer, part en campagne contre les Sioux et les Cheyennes des grandes plaines. Responsable de l'intendance et surnommé ''cogneur de Bible'' pour son hostilité à la religion, Mathey a une meilleure réputation auprès de la troupe qu'auprès des officiers supérieurs. Il a en effet l'habitude de cacher des denrées non réglementaires sous les bâches des chariots de ravitaillement afin d'améliorer le quotidien des soldats en campagne.

- Quel rôle a-t-il joué dans la bataille ?

- A Little Big Horn, le général Custer a divisé son régiment en quatre escadrons, dans le but d'encercler l'ennemi. Dans ce dispositif, Mathey, devenu premier lieutenant, a 39 ans et commande le 4e escadron. Son histoire se mêle ensuite à l'histoire de la bataille. Le premier escadron de cavalerie est repoussé dans la vallée par les Indiens. Le second vient à son secours et tous deux se retranchent sur une colline. Le troisième, avec Custer, est encerclé et anéanti. Le quatrième, du lieutenant Mathey et de sa centaine d'hommes, se joint aux troupes survivantes. Assiégés par des centaines d'indiens, les cavaliers vivront deux jours éprouvants avant que les Indiens ne lèvent le camp devant l'arrivée de renforts de soldats.

- Quand est-il mort ?

- Après la défaite de Little Big Horn, le lieutenant Mathey a poursuivi les guerres indiennes avec le 7e de cavalerie. Notamment contre les chefs Crazy Horse et Joseph. Devenu capitaine en 1877, il a terminé sa carrière comme lieutenant-colonel. Décédé le 17 juillet 1915, à 78 ans, il est enterré au cimetière national d'Arlington, à Washington DC, l'un des plus célèbres cimetières du monde.

- A-t-il des descendants ?

- Sa femme Meda et sa fille Julia sont enterrées à ses côtés, à Arlington. Il n'a pas de descendants connus aux Etats-Unis.

- Au-delà du cas particulier d'Edward Mathey, quels enseignements tirez-vous de cette bataille ?

- Mon ouvrage, qui est le fruit de cinq ans de recherche, est une enquête sur la véritable histoire de Little Big Horn. Ce qui s'est passé ce 25 juin 1876 dépasse la bataille classique, c'est un véritable scandale politique et militaire. A l'époque, cette affaire a suscité un impact émotionnel comparable à celui du 11 septembre 2001. Little Big Horn m'a appris à éviter les rumeurs, mythes et autres slogans « politiquement corrects » qui souvent polluent la recherche historique, surtout lorsqu'il s'agit de guerres coloniales. Dans mon récit minuté de la bataille, Amérindiens et Américains sont traités comme des hommes, et je me suis appliqué à ne pas succomber à la diabolisation ni à la glorification des uns ou des autres.

Propos recueillis par Pierre LAURENT - « Little Big Horn, autopsie d'une bataille légendaire » , de David Cornut, éd. Anovi, 384 pages illustrées, 27 €. Possibilité de le réserver auprès de l'éditeur : www. anovi. fr/bighorn

 

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